Joies et souffrances de la petite M. (2)



Je me risque encore aujourd'hui...

...à éditer (un bien grand mot !) un petit passage de ces vieux écrits qui traînent dans mes tiroirs depuis des années ... Pour éviter les réflexions plus ou moins gentilles du style "les malheurs de Sophie" et "marre des gens qui ne font que geindre" , je vais faire ça en mode "PAGE" , c'est à dire qu'il n'y aura aucun commentaire à mettre ! De toutes façons , c'est le week-end , et on a besoin de se reposer...

C'est donc la suite de ce que j'ai "édité" il y a quelques jours :


"    M. connaît ce chemin par coeur : traverser la route devant l'immeuble...le petit chemin gravillonné bordé de cyprès ; au bout , la passerelle qui traverse le Las ; au bout la rue paisible bordée de maisons vieillottes , et au bout à droite le portail vert de l'école....
    Les jours où M. n'est pas  en retard , où elle a la certitude -parce qu'Alice est venue - qu'elle est à l'heure , elle se coule dans cette ligne droite de cyprès , de gravillons clairs , de paserelle et de maisonnettes endormies  comme dans un monde enchanté . Elle marche à petits pas , indifférente aux enfants qui suivent le même chemin . Elle frôle les cyprès qui dégagent pour elle leurs senteurs fortes et poivrées , elle effleure tout du long de sa paume ouverte la rambarde soyeuse de la vieille passerelle , elle se repaît de l'air ancien des maisonnettes aux murs propres et délavés qui semblent abriter des bonheurs et des certitudes centenaires...Son pas se fait lent malgré elle , ses yeux traversent les murs , pénètrent dans des pièces exiguës surchargées de meubles lourds bien cirés , garnis de napperons d'un blanc immaculé , elle s'assoit dans le profond fauteuil de cuir tout craquelé par le temps , cale dans son dos un petit coussin soyeux aux dessins chinois...le rêve l'occupe si intensément qu'un jour elle s'est arrêtée tout à fait et a marché vers le portail d'une maison , le regard fixé à l'intérieur d'elle-même . Une dame dont elle ne voit que le col de dentelle fermé par un camé , lui a parlé d'une voix gentille ; il y avait du sourire dans cette voix , peut-être un peu d'inquiétude aussi  :" Tu cherches quelque chose , petite ?" M. a secoué la tête , non , elle ne cherche rien , rien d'explicable pour qui que ce soit et surtout pas pour elle-même...Elle fait un sourire pâle , détourne
sa tête d'un air hautain et elle reprend sa marche , sentant peser sur ses épaules le regard de la dame au camé . L'école est tout près maintenant , plus qu'une ou deux maisons que M. n'ose pas regarder . Son cartable lui pèse soudain , son bonheur reflue de toutes les parties de son être comme la vague qui se retire , laissant le sable nu et orphelin . En passant le portail de l'école  parmi des enfants bruyants et joyeux , M. se sent bien comme un coin de plage abandonné par la mer . Et sur ce sable , le sien , tout fait trace et rien , jamais rien ne s'efface..."

A+