DE L'EXISTENCE DE DIEU QU' IL EXISTE
Bonjour, toutes et tous
M'est avis qu'aujourd'hui on va cramer et mijoter ! Il fait ici une chaleur je vous dis que ça !
Vivement que je me trempe dans la Méditerranée !
Vous pardonnerez à la littéraire que je suis de vous bassiner de temps en temps avec un peu de sa bibine favorite ! Encore que je trouve que je progresse vers "le moins moche" en photo ! Mais enfin , ma tasse de thé (et pas que celle de ce cher Marcel) c'est toujours la littérature !
Pour la énième fois je relis L'enfant de Jules Valles, enfin des passages, car je le connais presque par coeur !
Hier soir, j'étais pliée de rire à 1h du mat en relisant le portrait du prof de philo prouvant l'existence de Dieu !
Inutile de vous dire que Valles, si vous ne le connaissez pas encore, était un libertaire, mécréant, communard et exilé pendant 9 ans après la commune !
Mais ce n'est pas pour ça que je l'aime : c'est pour son style tellement MODERNE, vif, sec, sans graisse aucune, sans relâchement, impitoyable pour lui-même et pour tout ce qui est bourgeois et convenu !
Alors quand de temps en temps un peu de rose apparaît, ça vous transperce comme un coup d'archet inattendu et ça vous donne envie de pleurer !
Ah, oui, quel styliste, et quel humaniste ! Il aimait vraiment les pauvres !
Voilà ma bafouille d'intro ayant été un peu longue, vous avez déjà dû arrêter de lire depuis un moment ! Mais tant pis, je prendrai le plaisir solitaire de taper avec deux doigts cet extrait qui parmi d'autres me fait fondre d'admiration :
" Le professeur de philosophie - M. Beliben - petit, fluet, une tête comme le poing, trois cheveux, et un filet de vinaigre dans la voix.
Il aimait à prouver l'existence de Dieu, mais si quelqu'un glissait un argument, même dans son sens, il indiquait qu'on le dérangeait, il lui fallait toute le table, comme pour une réussite.
Il prouvait l'existence de Dieu avec des petits morceaux de bois, des haricots.
" Nous plaçons ici un haricot, bon ! - là, une allumette - Madame Vingtras, une allumette ? - Et maintenant que j'ai rangé, ici les vices de l'homme, là les vertus, j'arrive avec les FACULTES DE L'AME . "
Ceux qui n'étaient pas au courant regardaient du côté de la porte s'il entrait quelqu'un, ou du côté de sa poche, pour voir s'il allait sortir quelque chose . Les facultés de l'âme, c'était de la haute, du chenu ! Ma mère était flattée. " Les voici !"
On se tournait encore malgré soi, pour saluer ces dames, mais Beliben vous reprenait par le bouton du paletot et tapait avec impatience sur la table. Il lui fallait de l'attention. Que diable ! Voulait-on qu'il prouvât l'existence de Dieu, oui ou non !
" Moi, ça m'est égal, et vous ?" disait mon oncle Joseph à son voisin, qui faisait chut, et allongeait le cou pour mieux voir .
Mon oncle remettait nonchalamment ses mains dans ses poches et regardait voler les mouches .
Mais le professeur de bon Dieu tenait à avoir mon oncle pour lui et le ramenait à son sujet, l'agrippant par son amour propre et s'accrochant à son métier.
" Chadenas, vous qui êtes menuisier, vous savez qu'avec le compas... "
Il fallait aller jusqu'au bout : à la fin le petit homme écartait sa chaise, tendait une main, montrait un coin de la table et disait : " DIEU EST LA. "
On regardait encore, tout le monde se pressait pour voir : tous les haricots étaient dans un coin avec les allumettes, les bouts de bouchons et quelques autres saletés, qui avaient servi à la démonstration de l' ETRE SUPREME .
Il paraît que les vertus, les vices, les facultés de l'âme venaient toutes FA - TA - LE - MENT aboutir à ce tas - là . Tous les haricots y sont . Donc Dieu existe ;
C. Q. F. D.
L' enfant, Jules Valles
Voilà, j'espère que vous aurez lu jusqu'au bout, bien que j'aie de très fort doutes !!
Ciao !