Les New Yorkaises
Un peu long l'article, d'accord, mais le lira qui veut ! le bouquin est super en tout
cas et vous ne vous ennuierez pas une seconde en le lisant !
Les New yorkaises (Edith Wharton , 1927 ) Numéro ISBN 2290311464
Edith Wharton est morte en 1937 mais j’ai trouvé son roman – découvert par hasard un jour où j’avais envie d’essayer autre chose ! – prodigieusement moderne .
Son style est classique , mais habile , riche et léger à la fois , précis quand il se doit et poétique juste quand il faut . Il se dégage de cette façon de raconter un humour et une légèreté pétillante qui font que cela se boit d’un trait , comme une coupe de champagne bien frappé .
L’histoire se situe à New York à la fin du XIX° siècle . Elle touche entre autres au problème délicat de l’inceste qui est traité par touches légères très impressionnistes : en effet le sens se dégage des façons d’agir des personnages parfois même à leur insu ( et comme ils se mentent bien aussi ! ) . Il y a beaucoup de non-dits , jamais d’explications lourdes . E.Wharton nous donne à voir et à comprendre des personnages que leur éducation rigoriste a conduits à occulter à leur propres yeux ce qui n’est pas dans la ligne de ce qu’il est bien ou mal de faire ou de penser . Le style est donc parfaitement adapté au « sujet » .
L’essentiel n’est cependant pas l’histoire .
Il y a d’abord cette écriture si efficace, je veux dire fluide et précise à la fois , avec des moments de pur bonheur poétique : E. Wharton adorait la poésie et s’y est essayée dans son jeune temps . Mais si les problèmes de versification l’ont un peu rebutée , son goût poétique s’épanouit en toute liberté dans la prose de ses romans .
Mais par-dessus tout , ce roman étonne par la description drôle et féroce des mœurs de la grande bourgeoisie new yorkaise de la fin du XIX° et du début du XX° siècle . Edith Wharton nous donne à voir une galerie de portraits d’une grande richesse , passant avec une parfaite aisance de la caricature hilarante à l’esquisse toute en délicatesse , le tout non dénué de tendresse pour ce monde qui fut le sien . J’ai souvent pensé à Woody Allen en lisant ce roman : autre époque , autres personnages , autre milieu , mais même esprit .
Enfin , il y a ce dénouement qui n’en est pas vraiment un , qui reste une attente , avec le merveilleux personnage de Nona qui préfigure la jeune femme moderne de ce siècle qui s’ouvre, celle qui voudra assumer ses différences face aux diktats sociaux . Nona est brisée , mais libre , parce qu’elle préfère la solitude au choix que lui offre la société et qui n’est pas celui de son cœur .