Le miel de l'Homme

Bonsoir !
Je suis sur le point de terminer le gros pavé d'Anna Gavalda intitulé La Consolante . Malgré sa taille , 640 pages , il se lit vite , non qu'il soit passionnant , mais il peut se lire en biais : je l'ai trouvé personnellement très banal , sombrant dans le dernier tiers dans une espèce de fausseté romanesque idyllique des plus artificielles qui m'a rappelé le plus stupide aspect de ce film par ailleurs très réussi à bien des égards : Le bonheur est dans le pré ! J'ai beaucoup aimé ce film qui m'a follement amusée , et je sens que je vais me faire mal voir ou me faire traiter d'intello , mais franchement le thème du retour à la campagne...je me suis arrêtée aux Rêveries du promeneur solitaire...
Bon , ceci dit , mon avis n'engage que moi ! De plus , pour ceux qui aiment Anna Gavalda je veux bien reconnaître qu'elle a une écriture "facile" propre à la détente . En outre , j'avoue qu'il me reste encore 20 pages à lire qui peut-être m'apporteront une bonne surprise...
Je vous dirai...
Donc ce n'est pas pour vous parler de l'histoire que raconte Gavalda que j' écris cet
article , mais pour reconnaître (encore !) qu'il y a certaines références culturelles intéressantes qui sauvent de temps en temps son livre de la banalité dont je vous parlais...A la page 568 des Editions Le Dilettante , le personnage central se trouve seul et s'apprête à lire un livre que lui a laissé la femme aimée partie en excursion ! Pleine solitude au sein d'une campagne enchanteresse... . Notre héros est architecte et elle lui avait prêté le livre en lui disant que c'était un "formidable traité d'archtecture" , et il s'agit de La vie des abeilles de Maurice Maeterlinck...Bien sûr , il est enthousiasmé par ce livre qu'il juge être "LE polar de l'été" (on ne peut plus demander à Maeterlinck s'il est flatté par cet hommage !...)
Enfin , j'en viens à cette citation qu'a choisie Gavalda et sur laquelle je me suis arrêtée longuement car je me trouvais en adéquation parfaite avec les mots de Maeterlinck !
Ca m'arrive parfois au cours de mes lectures de tomber sur des passages où je reconnais ma propre pensée , et chaque fois ça m'apporte un contentement sublime , comme si pendant quelques instants je me trouvais en communication et adéquation parfaite avec l'âme de l'écrivain : c'est une rencontre qui m'apporte du bonheur , et si l'auteur est mort depuis longtemps , il revit pleinement dans mon esprit pendant ces instants où il me révèle dans un style d'une clarté éblouissante la justesse de ce qui n'avait fait que m'effleurer... ...C'est beaucoup plus qu'une simple émotion esthétique quand une pensée se matérialise dans des mots...
Voici ce passage :
"Et de même qu'il est inscrit sur la langue , dans la bouche et dans l'estomac des abeilles qu'elles doivent produire leur miel , il est inscrit dans nos yeux , dans nos oreilles , dans nos moelles , dans tous les lobes de notre tête , dans tous les systèmes nerveux de notre corps , que nous sommes créés pour transformer ce que nous absorbons des choses de la terre , en une énergie particulière et d'une qualité unique sur ce globe . Nul être , que je sache , n'a été agencé pour produire comme nous ce fluide étrange , que nous appelons pensée , intelligence , entendement , raison , âme , esprit , puissance cérébrale , vertu , bonté , justice , savoir ; car il possède mille noms , bien qu'il n'ait qu'une essence . Tout en nous lui fut sacrifié . Nos muscles , notre santé , l'agilité de nos membres , l'équilibre de nos fonctions animales , la quiétude de notre vie , portent la peine grandissante de sa prépondérance . IL est l'état le plus précieux et le plus difficile où l'on puisse éléver la matière . La flamme , la chaleur , la lumière , la vie même , puis l'instinct plus subtil que la vie et la plupart des forces insaisissables qui couronnaient le monde avant notre venue , ont pâli au contact de l'effluve nouveau .
Nous ne savons où il nous mène , ce qu'il fera de nous , ce que nous en ferons ."
Je n'aurais peut-être lu ce gros livre que pour cette citation , mais ça me comble , et j'en suis redevable à Anna Gavalda , car je n'ai pas lu "La vie des abeilles" et il n'est pas dit que je le lise un jour...
A+
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