Joies et souffrances de la petite M.

Publié le par jane


Quelle heure est-il ?
Son coeur bat sourdement dans la frêle poitrine de M. Inerte , encore ensommeillée , elle écoute : aucun bruit ... Maman est déjà partie , il doit donc être plus de 6 heures...mais quelle heure exactement ?
En même temps que M. , l'angoisse s'éveille tout à fait dans la solitude...Alice doit venir normalement , il n'y a qu'à attendre...Pendant un temps qui lui paraît interminable , elle espère le pas pressé , le souffle précipité d'Alice , toujours en retard ,le maigre visage boutonneux , le sourire d'excuse où elle puisera son quota d'espoir pour la journée .
 Mais souvent Alice ne vient pas  . M. ignore les raisons de ses absences , de ses retards , elle n'ose rien dire , elle n'a rien à dire , il y a un ordre ou un désordre des choses qu'elle ne comprend pas . Elle ne comprend rien , d'ailleurs...
Tremblante , M. finit par se lever , pose ses pieds nus sur les tomettes glacées soigneusement cirées . Elle fait trois pas vers la cuisine , saisit à deux mains , sur le buffet , le gros réveil noir au tic tac sonore , et le regarde avec l'espoir qu'il va  lui révéler son mystère...mais les chiffres se dérobent et tout s' embrouille , s'envase , s'enfuit , le temps , l'espace et elle dans cet espace et dans ce temps qui ne veulent  pas d'elle où elle ne sait que faire son coeur bat si fort si fort qu'il prend toute la place en elle dans sa gorge ses tempes ses oreilles qui bourdonnent... Ses jambes vacillent...dormir , rêver jusqu'au retour de maman ce soir comme ce soir est loin que d'obstacles il va falloir vaincre avant le moment béni où maman sera là et où tout sera à sa place juste , et où elle aussi , M. ,  sera à sa juste place...mais elle fera les geste habituels : un brin de toilette , un morceau de pain dans du lait froid , tant pis , puisqu'Alice n'est pas venue... La peur d'être en retard la rend fébrile , vite elle passe les vêtements restés la veille au pied du lit , lisse d'un coup de brosse ses cheveux blonds et raides qu'elle ne sait pas natter , se saisit du lourd cartable et dévale les étages... Le fou du rez de chaussée n'est pas là et ne s'agrippera pas à elle avec ses doigts froids et gluants...
Il n'y a pas d'enfants sur le petit chemin gravillonné . M. ne sait pas si elle est en retard ou en avance...Dans le doute elle marche aussi vite qu'elle peut...Où sont les autres ? Pourquoi le chemin est-il désert ? Le chemin est désert le monde est désert le ciel l'univers sont déserts M. a peur l'angoisse l'enveloppe la soulève elle lève le visage vers le ciel n'est plus qu'un point minuscule une bulle qui s'élève légère hésitante entraînée par le vent sans liens sans guide sans raison d'être sans but...L'école pourquoi il faut ? Il faut !...

Entre les cyprès , le jardinier du champ d'à côté la regarde passer : il ne voit qu'une fillette ordinaire , au manteau rouge trop court , serré aux entournures . Les longues jambes maigres se déplacent à une allure stupéfiante . Elle balance un peu son corps entraîné vers la droite par un gros cartable . Ses longs cheveux blonds soulevés par le mistral environnent sa tête de mèches sauvages puis sont brusquement rejetés en arrière , révélant un teint pâle , un profil ferme et bien dessiné , un regard sombre et entêté , une bouche close un peu crispée...
ll se dit qu'elle a l'air bien décidée , cette enfant , et se demande ce qui la fait tant se hâter , puisqu'il est si tôt .



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V
Que c'est triste! Est-ce purement fictif?
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J
<br /> <br /> Non , mais ce n'est pas si triste ! Beaucoup d'enfants ressentent des angoisses quand ils sont seuls ! C'est ça que j'ai exprimé , et aussi que les adultes ne<br /> prennent pas la mesure de ces angoisses , avant tout parce que les enfants luttent et ne disent rien ! Bises Velleda !<br /> <br /> <br /> <br />
S
Pas mal du tout ton texte ! Le pire, c'est  que le coup du gros réveil noir, j'ai du mal à maîtriser aussi, depuis gamine, une trouille monstrueuse de me lever trop tard quand j'allais à l'école et de me retrouver toute seule dans les rues... (tu piges que ton texte, "résonne" quelque part hé, hé)Bises ma belle
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J
<br /> Ca fait plaisir de ne pas se sentir trop seule au pays des angoises enfantines !! Bises !<br /> <br /> <br />
C
Bien sûr que j'ai été touchée par sa mort Jane ! Mais je ne suis pas allée aux funérailles. Ce sont des cérémonies que je n'aime pas du tout. J'ai un peu suivi à la télé, les moments les plus émouvants pour moi, lorsque la foule chantait ou suivait le cercueil ! Grâce à cet homme, le mot "nègre" est devenu une revendication et une fierté ! Ici, il est très employé !Je t'embrasse Jane, c'est toujours un plaisir de venir voir tes réponse !!
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J
<br /> Et dire que je me suis fâchée avec un copain parce que j'ai parlé de "masques nègres" ! Depuis je n'entends parler que de négritude , d'art nègre etc... Terme<br /> connoté péjorativement jusqu'à ce que Césaire lui donne sa dignité ! Gros bisous Christine !!<br /> <br /> <br />
G
Mis à part ton talent d'écriture, je suis curieux de savoir pourquoi cette hisoire de fillette qui se retrouve seule un moment, ton métier dans l'éducation ? ...la fiction a ses limites ! ! bisous !
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J
<br /> C'est autobiographique ! je mettrai peut-être d'autres passages , j'en ai un cahier plein ! Mais c'est très intime pour un blog ... Bisous gégé<br /> <br /> <br />
P
Il y a quelque chose de classique dans le bon sens du terme dans ton style , qui m'a rappelé un peu la comtesse de Segur , Maupassant et d'autres .Peut être tout simplement parce ce que tu sais ecrire et ne cherche pas les effets pseudo modernistes.
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J
<br /> Maupassant , mazette , c'est un beau compliment ! Je n'imite personne : j'essaie d'être au plus près de ce que je veux exprimer , et j'ai horreur des modes dans<br /> l'écriture comme dans la peinture ! Elles n'apportent que de la fausseté ! Quand je pense qu'un auteur aussi exceptionnel que Romain Gary n'a pas eu le succès qu'il méritait de son vivant à cause<br /> du mouvement du Nouveau Roman , ça me met en boule ! Que reste t-il aujourd'hui de ces oeuvres qui ont semé la terreur chez les jeunes romanciers qui avaient quelque chose à dire et qui n'osaient<br /> plus s' exprimer ! Une "expérience" qui a eu un certain intérêt...<br /> <br /> http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=594&var_mode=%20Tel%20Quel%20(revue)<br /> <br /> <br />