Eclats de Mémoires (6)

Publié le par jane



Bonjour,



je replonge donc dans les souvenirs de ma mère , j'essaie de regrouper un peu ce qui parle du même thème car il y a du désordre ! mais vous pouvez être assuré que tout ce qui est écrit est d'elle , à l'exception de la ponctuation , comme je vous l'ai déjà précisé :



" Dès que j'entrai à l'Ecole je fus une bonne élève car je savais déjà lire et compter , j'étais en avance sur les petites-filles de mon âge...
Nous avions toutes un tablier noir et ressemblions à de petites orphelines...
Puis je me mis à travailler moins bien parce que , sans le dire , je ne voyais rien de ce qui se passait au tableau noir ! Vaille que vaille , comme j'étais attentive , je suivais quand même...
Mais après la mort de mon père et ma maladie , je ne travaillais plus du tout :
n'y voyant rien , et ne faisant plus aucun effort auditif , j'étais très mal classée . Bavarde et objectant sans cesse , je n'étais pas aimée de mes institutrices.
Cela ne m'a pas empêchée de réussir brillamment à mon Certificat d'Etudes !

Après l'obtention de ce certificat , deux voies s'ouvraient aux enfants:
les riches allaient au Lycée , snob et cher ,
les pauvres , après une année de Cours Supérieur et un Concours allaient à l'Ecole Supérieure où l'on préparaît le Brevet Supérieur , diplôme avec lequel on pouvait devenir Institutrice suppléante (ce qui fut mon cas , du moins pendant quelques années)

Mon année de Cours Supérieur fut un enchantement ! Notre maîtresse , mademoiselle Amalric , très bonne , très brune , très belle , était veuve de guerre sans avoir été mariée , du moins c'est ainsi qu'elle se considérait : son fiancée avait été tué à la guerre et 6 ans après elle en parlait encore avec des larmes dans les yeux.
Comme j'étais orpheline , elle m'aimait bien , je me remis à travailler , et je réussis facilement mon Concours d'Entrée à l'Ecole Supérieure Edgard Quinet .
J'avais 12 ans 1/2 , j'étais longue comme une asperge et maigre comme il n'est pas permis de l'être!
A l'examen médical obligatoire , on décela enfin ma myopie , et ma mère fut sommée de m'emmener voir un occuliste et de m'acheter des lunettes !
Qelle horreur , ces lunettes ! Ma mère déjà me disait sans arrêt que je n'étais pas belle , que mes yeux avaient une drôle de couleur et n'étaient pas grands , que ma bouche par contre était trop grande et trop charnue , que j'étais trop maigre, mais alors les lunettes , ce fut pour moi comme le coup de grâce qui me rangeait définitivement dans la cohorte des laiderons car les lunettes pour myope font paraître les yeux encore plus petits ! Alors j'avais trouvé une parade : je faisais brûler un clou de girofle , et avec ce clou transformé en charbon je me maquillais un peu les yeux ! 
Bien sûr je ne mettais mes lunettes qu'à l'école , et du jour où je vis le tableau je devins une élève brillante : très forte en Français et en Maths où je n'avais qu'à me servir de mes dons , moyenne dans les matières qui demandaient un peu de travail...
sans faire beaucoup d'efforts , donc , je collectionnais les places d'honneur , à part en conduite où , dois-je l'avouer , j'avais des notes plus que médiocres!
J'étais une enfant très moqueuse et mon plus grand plaisir était de faire rire toute la classe !
Nous étions deux ou trois de ce calibre , et les mauvais points 
et même les fameux "zéro de conduite" tant redoutés n'y pouvaient pas grand chose !...
Comme tous les enfants , nous connaissions les vraies valeurs : il y a des 
professeurs dont aucun enfant ne se moquait jamais , mais il y a les autres !
je me rappelle un professeur de couture qui avait un visage tout rond et un petit chignon riquiqui sur le sommet de la tête : nous l'avions surnommée "brioche", car ainsi coiffée sa tête ressemblait à une brioche au beurre...
Il y avait aussi un professeur de Sciences Naturelles qui bégayait , et la grosse distraction des sottes dans mon genre était de terminer le mot avant elle - à quoi elle répondait "merci !", ce qui fait que son cours comprenait un nombre incalculables de "merci" sur les quels nous engagions des paris !
Un jour , aux alentours de Noël, l'une de nous avait apporté une branche de houx et l'avait déposé sur sa chaise . Comme elle était aussi très distraite , elle s'est assise sur le houx hérissé de piquant en poussant des cris ! Quel charivari , que de rires !
Toute la classe fut punie .







CIAO
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E
<br /> <br /> Ma mère aussi était de 1912 et sa mère aurait bien voulu qu'elle soit institutrice ; mais elle a passé un CAP de couture puis un autre de sténodactylo et son rêve aurait été de faire de la<br /> peinture sur soie pour les tissus lyonnais. Une anecdote par rapport au certificat d'étude qu'elle m'a souvent rappelée : alors qu'elle était toujours première à l'école, le jour du certificat,<br /> c'est la fille du directeur de l'école qui est arrivée en tête ! Pour elle, une injustice qu'elle n'a jamais admise !<br /> <br /> <br /> <br />
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J
<br /> <br /> Le piston a toujours existé hélas ! Mais parfois aussi des contreperformances plus ou moins explicables selon le correcteur ; j'ai deux exemples : mon mari a eu à traiter les événements de la<br /> Commune , et il a fait selon lui un excellent travail (au bac) , malheureusement il a trop montré sans doute sa sympathie pour les Communards et son antipathie pur Monsieur Thiers , et il a été<br /> très mal noté ! Autre exemple : mon fils , premier en philo toute l'année a récolté une note en dessous de la moyenne au bac : son prof adorait son esprit caustique , polémique et pinailleur ,<br /> qui aimait sortir des "sentiers battus" des manuels , mais son correcteur au Bac n'a pas aimé...Mon mari en parle encore des années après , quant à mon fils il en a pleuré de déception !!!!<br /> <br /> <br /> <br />
J
Ma mère est née en 1912 , elle a donc dû rentrer au CP en 1917 ou 1918 ! Cependant elle n'a as fait l'Ecole Normale mais le Cours Supérieur , ce qui lui a permis de devenir institutrice suppléante pendant quelques années avant de changer de métier !
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A
c'est drôle........moi aussi je savais lire et écrire avant d'entrer au CP, moi aussi je suis myope et moi aussi j'ai fait l'EN........c'était en quelle année ?c'était quelle Ecole ?
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C
Je ne sais pas ce que cache l'image, elle ne veut pas se montrer ce matin !! Par contre, la vidéo est superbement choisie  ;-) !!Comment une mère, même si elle n'est que belle-mère, peut dire à sa fille qu'elle est laide ? Je sais que tu ne me donneras pas la réponse et je trouve que ta maman a bien accepté la chose ! Quel tempérament !!J'attends la suite avec impatience !!Je t'embrasse Jane !!
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J
Moi-même je me pose la question , car on trouve en général ses enfants beaux , on n'est pas très objectifs parfois , mais bon , c'est dans l'ordre des choses , l'amour n'est-il pas aveugle ? je crois que l'explication c'est que ma mère n'était pas son enfant , elle se faisait un devoir de l'éduquer du mieux possible mais quand le devoir passe avant l'amour , c'est qu'il n'y a pas assez d'amour , tu ne crois pas ?Ma mère en parle plus loin : en fait , elle vantait sa beauté à ses connaissances mais elle critiquait sa "fille" pour qu'elle ne devienne pas vaniteuse..... merci pour tous ces coms , Christine , mais tu sais je ne serai pas fâchée si tu fais un choix ! Je sais que c'est très inégal , tu n'es pas obligée de tout regarder et de tout commenter !! Un tas de bisous encore pour la semaine !!
S
J'ai adoré ce passage. Mine de rien, à deux générations près... je me reconnais pas mal dans ce portrait (les lunettes, j'ai donné aussi, maintenant, ça fait partie du personnage, j'ai assimilé, mais ça a été dur-dur hé, hé)Bises ma belle et bonne journée.
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J
Contente que tu aies adoré ce passage , pas grand monde a apprécié , un trop plein à lire sans doute , je me suis carrément fait dire que j'aurais dû faire plusieurs parties... Pour les lunettes , ma mère n'a jamais digéré le coup , et elle les a toujours portées le moins possible , ce qui lui a joué quelques tours pendables , car elle était très très myope ! J'ai eu du bol car je n'ai pas hérité de sa myopie (ni du daltonisme de mon father d'ailleurs . Ca , c'esr mon fils qui en a hérité !  Bizzz