Eclats de Mémoires (5)
Bonsoir ,
Petit rappel pour ceux qui n'ont pas suivi :
dans ses "Mémoires" ma mère s'adresse à mes enfants , mais plus particulièrement
à mes filles
" Je ne sais , mes belles , si ces souvenirs décousus de mon enfance vous intéresseront un jour , mais ça me fait du bien de vous raconter une histoire vraie, une histoire triste puisqu'elle est jalonnée de morts ...
Le portrait du très beau vieillard qui se trouve dans le bureau est celui de mon grand-père . C'est lui qui a fait la soudure entre la mort de ma mère et le remariage de mon père . J'étais sa petite-fille préférée , peut-être à cause de mon malheur ; et quand il fut séparé de moi , d'abord par la distance , ensuite par l'influence de ma seconde mère qui jugeait toute la famille de ma mère trop fruste pour l'éducation qu'elle voulait me donner , le vieil homme eut beaucoup de chagrin .
Il venait quand même de temps en temps m'attendre à la sortie de l'école pour me ramener jusqu'à ma porte , et pendant tout le trajet je sentais sa vieille main qui serrait la mienne . Il me recommandait de ne rien dire pour "ne pas faire d'histoires" , et moi , l'incorrigible bavarde , je ne l'ai jamais trahi...
C'est vrai que c'est un beau vieillard ! Cette photo doit avoir une centaine d'années !
Plus tard les choses se sont raccommodées avec ma famille paysanne , mais hélas , il était mort...Tante Finette et Tante Berthe étaient autorisées à venir me voir de temps en temps , et Finette m'apportait chaque fois un lapin angora blanc avec les yeux rouges que l'on mettait dans le bac à charbon vide de la cuisine . Puis , au bout de quelques jours , ses crottes sentaient mauvais , et un jour en rentrant de l'école , je ne trouvais plus mon lapin , et le lendemain , il y avait un bon civet dont je ne voulus jamais manger!
Il y avait aussi souvent les petits poussins qui finissaient le plus souvent écrasés par la pédale de la machine à coudre de ma mère ! Alors pauvre petit poussin était couché tout raide dans du coton , dans une petite boîte , et à la promenade du dimanche , enterré avec des larmes au jardin du Pharo ou ailleurs...
Les souvenirs me reviennent en foule, tellement vifs qu'il me semble être encore cette petite fille garçon manqué , qui ne jouait qu'avec les garçons de mon âge et même plus âgés . Je ne suis devenue une vraie petite-fille qu'après la mort de mon père . Ce coup terrible m'a brusquement fait comprendre que le temps des jeux bruyants et brutaux était clos , que je devenais responsable de moi-même et que mon père n'était plus là pour me protéger de mes aventures garçonnières...
C'est drôle je me rappelle comme si c'était hier ce soir où , rentrant de l'école , je vis , de l'autre bout de la grand place où se trouvait notre maison , la lumière allumée dans la chambre du haut . Je sus tout de suite que quelque chose était arrivé à mon père...
Je fus tellement malade qu'après ma convalescence ma mère décida de m'emmener à Paris pour me changer les idées . Nous avions une chambre Rue de Rennes , à l'Hôtel de Brest et de Rennes , et toute la journée nous marchions dans Paris . Nous avons visité tous les musées , et nous ommes même allés à l'Opéra ! Quel magnifique voyage , qui m'a laissé un souvenir ébloui ! "
Bonne soirée ou bonjour !
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