Eclats de Mémoires (3)
Salut
Il y a un certain temps que je ne vous ai pas mis un petit bout des Mémoires de ma mère ! Comme j'avais bien l'impression qu'elle avait fait l'impasse sur la mort de sa mère biologique , ma grand-mère Mélanie , je vous ai raconté comment elle préféra se laisser mourir de gangrène plutôt que de se faire amputer des deux jambes...Je rends aujourd'hui la plume à Hortense , ma mère , qui refusa qu'on l'appelle ainsi , et se fit toujours appeler Claudine...
" J'ai dit qu'entre mes 7 et 9 ans il ne s'était pas passé grand chose dans ma vie . je me rappelle seulement que j'étais un garçon manqué, que je ne jouais qu'avec des garçons et que je leur résistais très bien à la course ou à la bagarre . Pour venir à bout de ma résistance , il fallait toujours qu'ils s'y mettent à plusieurs , ou qu'ils m'attachent , et encore je ruais et en abimais toujours quelques-uns , dont les tendres mamans venaient se plaindre à la maison , ce qui mettait mon père en joie!
Il régissait ma vie selon deux principes : ne jamais avoir peur , toujours foncer , et ne jamais mentir !
Il semblera mal venu de dire , après l'histoire des cheveux qui fut un gros , énorme mensonge , que je n'aie jamais menti dans ma vie , et pourtant c'est vrai , si l'on compte pour rien les petits mensonges de convenance ou de pitié . Je déteste le mensonge en général , et les mensonges inutiles , ceux qui veulent masquer des insuffisances , encore plus . On est ce qu'on est , il faut l'admettre et c'est tout !
J'en arrive à ma 9° année . Chez nous , c'était le bonheur et l'aisance .
Mon père , par son intelligence et ses capacités , était devenu un petit patron.
De plus il s'était entremis dans son département d'origine (l'Ain) avec des marchands de grumes et faisait aussi le commerce du bois .
En 1920 , on le chargea de faire les plans du Palais de l'Indochine pour la grande Foire de Marseille qui devait avoir lieu en 1922 . Ces charpentes arachnéennes étaient très compliquées , mais mon père était un véritable artiste et ses plans furent acceptés du premier coup !
Il ne restait qu'à exécuter le travail qui devait être le chef d'oeuvre de sa vie !
Mon père se donnait à fond sur son chantier , et un jour , en visitant sa charpente , il est tombé d'un échaffaudage et s'est mortellement blessé !
Il est mort après d'infinies souffrances , le coeur et les poumons écrasés par ses côtes brisées!
Cette semaine où il survécut à ses terribles blessures furent pour lui tout aussi douloureuses sur le plan moral ! Il ne cessait de murmurer "La petie ! la petite !"
sachant qu'il me laissait orpheline à l'âge de 9 ans...
Bien sûr il me laissait en tutelle à sa femme , sûr que celle-ci m'aimait et m'élèverait le mieux possible . Mais il ignorait qu'elle voudrait faire de moi une perfection et que ce serait impossible!
Aussi , passée la période de deuil au cours de laquelle je fus très malade , commença ce qui ne peut s'appeler que le "dressage" .
D'un cheval sauvage elle voulait , en toute bonne foi et pour mon bien , faire un cheval de cirque...
A ce propos , il faut que je dise un mot des fameux traumatismes que l'on a peur de faire subir aux enfants ! A 2 ans je fus mordue par un chien qui nous appartenait et proprement défigurée ! A 71 ans j'en porte encore les cicatrices ; or , j'ai toujours adoré les chiens et je n'en ai jamais eu peur ! J'ai été orpheline à 9 ans , j'ai reçu plus de coups (dont certains très violents) que la majorité des enfants d'alors (je ne parle pas des enfants d'aujourd'hui élevés dans le coton et que l'on fragilise au point que pour affronter les difficultés de la vie , ils sont obligés de se droguer!...) , eh bien , tout compte fait , je pense que les coups m'ont fait du bien , m'ont endurcie . Les vicissitudes de la vie ont eu moins de prise sur moi , j'a été forte , très forte , et encore à présent que je suis vieille , il n'y a pas grand chose qui me fasse vraiment peur...
hélas , mon coeur est resté tendre et c'est de lui et de lui seul que sont venues toutes mes souffrances..."
Quel aveu dans cette contradiction , chère maman , je t'aime et je ne te l'ai jamais dit sans que tu me le demandes!
" J'ai dit qu'entre mes 7 et 9 ans il ne s'était pas passé grand chose dans ma vie . je me rappelle seulement que j'étais un garçon manqué, que je ne jouais qu'avec des garçons et que je leur résistais très bien à la course ou à la bagarre . Pour venir à bout de ma résistance , il fallait toujours qu'ils s'y mettent à plusieurs , ou qu'ils m'attachent , et encore je ruais et en abimais toujours quelques-uns , dont les tendres mamans venaient se plaindre à la maison , ce qui mettait mon père en joie!
Il régissait ma vie selon deux principes : ne jamais avoir peur , toujours foncer , et ne jamais mentir !
Il semblera mal venu de dire , après l'histoire des cheveux qui fut un gros , énorme mensonge , que je n'aie jamais menti dans ma vie , et pourtant c'est vrai , si l'on compte pour rien les petits mensonges de convenance ou de pitié . Je déteste le mensonge en général , et les mensonges inutiles , ceux qui veulent masquer des insuffisances , encore plus . On est ce qu'on est , il faut l'admettre et c'est tout !
J'en arrive à ma 9° année . Chez nous , c'était le bonheur et l'aisance .
Mon père , par son intelligence et ses capacités , était devenu un petit patron.
De plus il s'était entremis dans son département d'origine (l'Ain) avec des marchands de grumes et faisait aussi le commerce du bois .
En 1920 , on le chargea de faire les plans du Palais de l'Indochine pour la grande Foire de Marseille qui devait avoir lieu en 1922 . Ces charpentes arachnéennes étaient très compliquées , mais mon père était un véritable artiste et ses plans furent acceptés du premier coup !
Il ne restait qu'à exécuter le travail qui devait être le chef d'oeuvre de sa vie !
Mon père se donnait à fond sur son chantier , et un jour , en visitant sa charpente , il est tombé d'un échaffaudage et s'est mortellement blessé !
Il est mort après d'infinies souffrances , le coeur et les poumons écrasés par ses côtes brisées!
Cette semaine où il survécut à ses terribles blessures furent pour lui tout aussi douloureuses sur le plan moral ! Il ne cessait de murmurer "La petie ! la petite !"
sachant qu'il me laissait orpheline à l'âge de 9 ans...
Bien sûr il me laissait en tutelle à sa femme , sûr que celle-ci m'aimait et m'élèverait le mieux possible . Mais il ignorait qu'elle voudrait faire de moi une perfection et que ce serait impossible!
Aussi , passée la période de deuil au cours de laquelle je fus très malade , commença ce qui ne peut s'appeler que le "dressage" .
D'un cheval sauvage elle voulait , en toute bonne foi et pour mon bien , faire un cheval de cirque...
A ce propos , il faut que je dise un mot des fameux traumatismes que l'on a peur de faire subir aux enfants ! A 2 ans je fus mordue par un chien qui nous appartenait et proprement défigurée ! A 71 ans j'en porte encore les cicatrices ; or , j'ai toujours adoré les chiens et je n'en ai jamais eu peur ! J'ai été orpheline à 9 ans , j'ai reçu plus de coups (dont certains très violents) que la majorité des enfants d'alors (je ne parle pas des enfants d'aujourd'hui élevés dans le coton et que l'on fragilise au point que pour affronter les difficultés de la vie , ils sont obligés de se droguer!...) , eh bien , tout compte fait , je pense que les coups m'ont fait du bien , m'ont endurcie . Les vicissitudes de la vie ont eu moins de prise sur moi , j'a été forte , très forte , et encore à présent que je suis vieille , il n'y a pas grand chose qui me fasse vraiment peur...
hélas , mon coeur est resté tendre et c'est de lui et de lui seul que sont venues toutes mes souffrances..."
Quel aveu dans cette contradiction , chère maman , je t'aime et je ne te l'ai jamais dit sans que tu me le demandes!
Ciao et à plus
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