De l'importance d'une virgule

Publié le par jane

 

C'est remoi, je ne résiste pas au plaisir de vous offrir ce passage du livre que je lis en ce moment ! Il faut vous dire, si vous ne l'aviez encore deviné, que je suis une littéraire tout crin, la supernullos en maths toute ma vie, mais super forte en Français depuis le berceau pratiquement, et, bizzarrement j'aime autant la poésie que la grammaire ! Je trouve donc dans ce livre des pages qui me touchent profondément tout en me faisant mourir de rire !

 

En deux mots je vous situe la scène : madame Michel est la concierge , fort intelligente et instruite, d'un immeuble grand chic grand genre plein de propriétaires friqués, ce qui permet quelques galeries de portraits assez piquantes ! Mais bon, vous n'avez qu'à lire le bouquin si vous voulez en savoir plus ! Ce matin là, à la suite de la mort brutale d'un des propriétaire , elle reçoit un mot d'une des richardes de l'immeuble :

 

        J'ouvre l'enveloppe et je lis ce petit mot inscrit au dos d'une carte de visite si glacée que l'encre , triomphant de buvards consternés , a bavé légèrement sous chaque lettre .

Madame Michel ,

Pourriez-vous , réceptionner les paquets du pressing

cet après-midi ?

Je passerai les prendre à votre loge ce soir .

Par avance merci ,

Signature griffonnée

       Je ne m'attendais pas à une telle sournoiserie dans l'attaque . De saisissement , je me laisse tomber sur la chaise la plus proche . Je me demande d'ailleurs si je ne suis pas un peu folle . Est-ce que ça vous fait le même effet , à vous , quand ça vous arrive ?

         Tenez :

          Le chat dort .

           La lecture de cette petite phrase anodine n'a éveillé en vous aucun sentiment de douleur , aucun flamboiement de souffrance ? C'est légitime .

           maintenant :

          Le chat , dort .

          Je répète pour qu'aucune ambiguïté ne demeure :

          Le chat virgule dort.

          Pourriez-vous , réceptionner .

        D'un côté, nous avons ce prodigieux usage de la virgule qui , prenant des libertés avec la langue parce que d'ordinaire on n'en place point avant une conjonction de coordination , en magnifie le forme :

     M'a t-on fait assez de reproches , et pour la guerre , et pour la paix...

      Et de l'autre, nous avons les bavouilleries sur velin de Sabine pallières transperçant la phrase d'une virgule devenue poignard .

        Pourriez-vous , réceptionner les paquets du pressing  ?

      Sabine Pallières eût-elle été une bonne portugaise née sous un figuier de faro , une conierge fraîchement émigrée de Puteaux ou bien une déficiente mentale tolérée par sa charitable famille que j'aurais pu tolérer de bon coeur cette nonchalance coupable . Mais Sabine pallières est une riche . Sabine Pallières est la femme d'un grand ponte de l'industrie d'armement , Sabine Pallières est la mère d'un crétin en duffle-coat vert sapin qui , après ses deux khâgnes et sciences-Po , ira probablement diffuser la médiocrité de ses petites pensées dans un cabinet ministériel de droite , et Sabine pallières est en sus la fille d'une garce en manteau de fourrure qui fait partie du comité de lecture d'une très grande maison d'édition et est si harnachée de bijoux que, certaines fois , je guette l'affaissement .

      Pour toutes ces raisons , Sabine Pallières est inexcusable.......Enfin , qu'une sabine Pallières mésuse de la ponctuation est un blasphème d'autant plus grave que , dans le même temps , des poètes merveilleux nés dans des caravanes puantes ou des cités poubelles ont pour elle cette sainte révérence qui est due à la beauté ........ (L'élégance du hérisson , Muriel Barbery)

 

OUF, c'est plus long à taper qu'à lire !   A+

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jane 03/04/2011 14:45



Excuse-moi , MOF , je n'ai pas dépiauté jusqu'au bout , mais tu as dû lire récemment que pour les poèmes , je pense qu' il faut les apprendre , les faire siens , sans les
expliquer(aux élèves !)... Néanmoins j'adore la grammaire !  L'orthographe est une base qui me paraît incontournable ; mais la syntaxe !....Il y a là beaucoup de connaissances à avoir sur le
fonctionnement de notre langue , même si les très grands auteurs peuvent s'en passer , même si les bons lecteurs peuvent sentir et apprécier sans connaissances particulières...Le plaisir de celui
qui a appris la grammaire , c'est de nommer les phénomènes linguistiques qui ont créé tel effet et de s'expliquer comment l'auteur a agi dans son écriture (peut-être parfois à son insu , lui qui
a "l'oreille absolue")... Je comparerai cette connaissance à celle de la musique : celui qui a reçu une éducation musicale est plus à même d'apprécier tel morceau de musique , d'avoir une
appréciation plus objective sur l'interprète etc... Ca n'empêche pas d'aimer la musique en étant ignorant de ses règles...C'est mon cas , mais je ressens si cruellemnt ce manque que je vais me
mettre à prendre des cours...Pour le chant , avoir devant moi une partition avec des signes qui n'ont aucune signification , c'est aussi terrible que le sentiment de frustration que peut éprouver
un illettré...je me sens illettrée ! Biz



MoF 03/04/2011 09:23







http://www.contact812.com/article-6699153-6.html#anchorComment


Arthur passé au hachoir...pauvre  Dormeur il est mort deux fois


 


Premier quatrain
le val





trou, val


évolution/précision


caractérisation progressive du lieu




1ère phrase


12+12+2
longue phrase descriptive


mise en place d'un décor et d'un climat




verdure, rivière, herbes


CL nature



le décor





où chante une rivière
Accrochant follement des haillons
D'argent;



images originales
Ca: chante, follement, argent




lumière, joie, fantaisie: le climat





trou


espace délimité, clos, encaissé, retiré...etc.



sorte d'écrin de verdure
protecteur?






chante
Accrochant
haillons



personnification rivière



nature ensorcelée
monde enchanté





où le soleil...



coupe forte 2/10
2de sub. relative (écho vers 1)



relance description
précision




où le soleil, de la montagne fière,
Luit:



dissociation verbe/sujet
mise en valeur adj.
rejet verbe (fin de phrase/début de vers)




structure originale, naïve, puérile
dessin d'enfant





: c'est un petit val qui mousse de rayons.


définition finale
deux points
structure présentative "c'est" (écho vers 1)


formule synthétique qui reprend les éléments précédents
impression de fermeture du quatrain (cf trou)




: c'est un petit val qui mousse de rayons.


val: lien titre


effet d'attente (le dormeur?)





: c'est un petit val qui mousse de rayons.




connote eau, lumière, mvt




reprise indications vers 1 à 3





Deuxième quatrain le dormeur





Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort




12+12+1


rejet verbe




présentation du dormeur comme quatrain 1





Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort



sujet indéfini (un)



4 précisions descriptives:
un adj + 3 GN juxtaposés et coordonnés
groupe ternaire
verbe monosyllabique


parallélisme de construction 1er quatrain




précision progressive de la découverte du dormeur


 



"chute" naturelle:
le soleil....luit // le soldat... dort


impression sommeil heureux, confiant
symbiose dormeur/nature






il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.




3 CCL : position, lieux



précisions





Pâle
vert/bleu
la lumière pleut




contaste des couleurs
intensité de la lumière (métaphore)




la pâleur peut sembler naturelle dans ce contexte






dans, sous




prépositions




renforcent l'intégration du dormeur





lit vert


métahore homme/nature





il est étendu dans l'herbe




proposition simple




rien d'inquiétant






Premier tercet et deux premiers vers du deuxième tercet
le sommeil






il dort
il fait un somme




reprise des thèmes: sommeil (dormeur) et nature


CL nature




confirmation des 2 quatrains


 






Les pieds dans les glaïeuls
Nature Les parfums
le soleil






Souriant comme
Sourirait un enfant malade
il a froid.




deux éléments nouveaux: maladie et froid




premières vraies interrogations pour le lecteur
cependant: maladie ici comparant (atténue gravité) + conitionnel (danger écarté pour l'instant)


 






état affectif: souriant
état physiologique: froid





Les pieds dans les glaïeuls, il dort.



reprise structure descriptive quatrain 2:
apposition GN + verbe



confirme et prolonge paix quatrain 2




somme


sommeil provisoire


atténue gravité sommeil: il va se réveiller




Nature, berce-le chaudement: il a froid.


nature allégorique, maternelle, protectrice + idée de froid


note discordante: froid dans cette nature baignée de soleil?!




enfant, berce, somme






jane 30/05/2007 22:02

Pas une erreur bien grave, en tout cas ! Bisous ma chère Cléopâtre !

marie 30/05/2007 21:15

Merci, ce soir je me coucherai moins bête, je ris car c'est une erreur que j'avais tendance à faire ! Bisou à vous deux

jane 29/05/2007 14:44

Je reviens car tu peux mettre en incise ton complémént circonstanciel de temps et dire : Pourriez vous , cet après-midi , aller chercher......Tu vois que ce n'est pas très heureux. Il faudrait pour bien que le complémént incis soit plus long pour que cette incise se justifie : Pourriez-vous , cet après-midi ou demain matin au plus tard , aller chercher........Ah ! La grammaire ! Quand on y regarde de près d'ailleurs, on se rend compte que la marge est mince entre la grammaire et le style tout simplement . Tous les grands stylistes sont de grands grammairiens car pour pouvoir tordre la grammaire et créer la surprise poétique qui est le fait d'un vrai style qui donne du plaisir au lecteur , il faut d'abord connaître sa grammaire par coeur !!! Ouf ! Bisous